INTERVIEW DE MARIE BOCHET

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Son nom n’est pas un des plus connus du grand public, pourtant cette  jeune femme de 22ans collectionne 12 titres de Championne du Monde de ski de descente handisport (catégorie debout), quatre globes de coupe du monde, quatre titres Olympiques et se prépare à cartonner aux prochains Jeux Olympiques en Korée. Focus sur une grande athlète d’aujourd’hui et de demain rencontrée aux GEM Altigliss Challenge de Val d’Isère, dont la championne était la marraine. 

UC: Après avoir tout gagné quels sont tes objectifs Marie?

MB: Cette année, c’était une saison un petit peu calme entre guillemets, on avait que des coupes du monde, c’était un petit peu compliqué pour trouver un objectif et les motivations. L’année prochaine, on repart sur une saison avec des championnats du monde, on va donc repartir sur une préparation avec laquelle on doit être en forme et présent pendant dix jours de compétition, ensuite il y aura les jeux olympiques. Bref, on repart sur deux grosses années.

Marie Bochet

UC: Les JO sont c’est ton principal objectif?

MB: Oui les JO c’est le principal objectif. On a décidé de ne pas trop en parler et de ne pas trop se le mettre en tête jusqu’à cette saison, et à la fin de la saison se tourner un peu plus vers la Korée. Après, le ski reste le ski, c’est un sport dangereux, on peut tout faire pour être en forme pour les jeux et se blesser une semaine avant, donc je touche du bois….mais en tout cas, c’est l’objectif.

UC: J’ai vu que tu étudiais à  Sciences Po également.

MB: Oui, c’est vrai.

UC: Tu es très jeune, tu as 22ans, le sport ne durera que quelques années, j’imagine qu’avec Sciences Po tu prépares une reconversion pour l’avenir?

MB:C’est vrai que la reconversion je commence un peu à y réfléchir. J’ai beaucoup d’amis qui  ont arrêté le ski et qui ont eu cette petite dépression post-carrière donc je commence un peu à y réfléchir, à m’y préparer. Je n’ai pas vraiment d’idée précise sur ma reconversion professionnelle, mais sciences Po propose une formation aménagée pour les sportifs de haut niveau avec des modules que l’on valide un peu quand on peut. Cela permet de garder cette sécurité, je parlais de blessure tout à l’heure, si je me blesse dans une saison, je retourne à Paris et j’étudie, le plus important c’est d’avoir quelque chose à côté et de ne pas tout focaliser sur le ski.

UC: Quand tu es la meilleure dans ta discipline, comment fais tu pour trouver la motivation pour t’entraîner encore et encore?

MB: (rire) Je dis souvent que c’est plus facile d’être devant et de gagner que d’être deuxième régulièrement comme…comme….

UC: N’aie pas peur Marie, vas y balance…

MB:…comme une Allemande qui est souvent deuxième derrière moi. C’est vrai qu’au bout d’un moment je me dis qu’elle doit s’épuiser et en avoir marre. Moi je gagne c’est super plaisant, je fais des courses, j’ai pas trop de pression, à part celle d’être attendue, mais je me fais vraiment plaisir et à l’arrivée je gagne en générale donc il n’y a pas à chercher grand chose de plus pour être motivée.

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UC: ça a l’air tellement facile quand tu en parles…

MB: C’est un travail qui a été fait en amont. Ce n’est pas parce que je vais faire un stage de ski ou une semaine de sport en plus que je vais être meilleure l’année prochaine. C’est quelque chose qui a été construit il y a plusieurs années, donc voilà, je suis peut être aussi au sommet de ma carrière. On parlait tout à l’heure de savoir quand est ce que j’allais arrêter, j’ai pas envie d’arrêter sur une saison en demi teinte, je sais ce dont je suis capable aujourd’hui et je n’ai pas envie d’être sur la pente descendante le jour où j’arrêterai. C’est une question que je me pose un petit peu mais pas trop, je me laisse encore jusqu’aux jeux et en 2018 je me poserai un peu plus la question. Mais je n’ai pas besoin de chercher trop de motivation pour le moment parce que je m’éclate dans ce que je fais et le bilan de la saison est juste extra. Que ce soit au niveau des résultats ou au niveau des sensations et des progrès, je continue à progresser et c’est hyper motivant. Savoir qu’on peut encore repousser les limites je trouve ça super.

UC: Si tu n’avais pas fait de ski, quel sport aurais tu fait?

MB: Je ne sais pas du tout! Pour moi le ski n’a pas été un choix par défaut. En fait j’habite dans une vallée à vingt minutes de deux stations de ski, donc à trois quatre ans on monte sur les skis. C’est le ski qui s’impose à nous plus que nous qui le choisissons, pas comme certains qui viennent de la ville et qui se découvrent une passion pour le ski, ça s’est fait assez naturellement. Je ne me suis jamais vraiment posé la question, je ne sais pas si j’aurai eu une carrière de sportif de haut niveau si je n’avais pas fait de ski.

UC: Tu parles de ton sport et de tes résultats très simplement, on a l’impression que c’est facile alors qu’au vu de tes résultats, c’est loin de l’être. Comment travailles tu pour préparer un championnat du monde ou des Jeux Olympiques?

MB: C’est une préparation assez longue, c’est hyper complet, que ce soit sur le physique, le mental ou le technique. C’est vrai que vous me voyez sur les pistes de Décembre à Avril, mais en vrai, on commence le ski en Juin et la préparation physique début Mai, donc c’est vrai, on est sportif de haut niveau, c’est notre métier, on passe beaucoup de temps à ça.

Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes aussi, c’est tout une relation avec les entraîneurs. Je sais que les entraineurs avec qui je travaille sont des entraineurs qui me connaissent. J’ai un préparateur physique à Alberville quand j’y suis et un à Paris. J’ai mon coach de ski handisport et mon coach de ski au club et ces quatre personnes là, elles me connaissent, on est en relation de confiance et on est capable de discuter. On construit tout ça ensemble et ils construisent tout ça entre eux, ils sont en relation, ils discutent beaucoup entre eux.

UC: En tant que sportive de haut niveau tu dois avoir des obligations contraignantes, d’un point de vue diététique par exemple?

MB: C’est sur qu’il y une discipline à avoir. Après, dans le ski alpin on est pas plié à des régimes hyper stricts comme pourrait l’être un fondeur ou un biathlète. Il faut tout de même trouver un équilibre dans l’alimentation mais pas non plus hyper strict. Je peux manger des fondues de temps en temps, mais jamais les veilles de courses bien sur. J’essai de ne pas trop me priver non plus tout en faisant attention, il faut aussi se faire plaisir. Je ne veux pas que mon sport devienne une contrainte.

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UB: J’ai rencontrer la pro rideuse Marie Martinod il y a quelques jours et elle est aussi cool et détendue que toi. C’est dans les gènes des athlètes de sports d’hiver Français?

MB: Je sais pas! Mais c’est vrai que Marie Martinod est vraiment cool et elle a tout un baguage de vie derrière elle, ce qui fait qu’elle est très détendue et elle sait pourquoi elle est là. Je m’inspire de mes aînés et Marie est un bon exemple. Je pense que c’est aussi le sport d’hiver qui veut ça. On est dans un petit milieu, c’est intime, on est pas hyper exposés. Il n’y a pas non plus trop de question d’argent comme dans certains sports, où du coup ça pourrit les relations et pourrit aussi peut être le sportif lui même, donc nous on fait notre sport parce qu’on aime ça, on est proche de la nature, on aime bien l’environnement dans lequel on évolue. On a la chance d’être dans un milieu un peu protégé.

UC: Merci beaucoup Marie pour cette interview. Juste un dernier petit conseil pour ta rivale Allemande qui termine souvent seconde derrière toi?

MB: (rire) Je ne suis pas prête de m’arrêter, je ne suis pas prête de vouloir la laisser gagner, donc il va falloir qu’elle continue à travailler, mais elle progresse aussi donc bon….

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Bonne chance Marie pour les prochaines compétitions. Nous ne manquerons pas de te suivre lors des prochains grands événements. 

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