COMPTE RENDU 70.3 SEVILLE

HALF IRON MAN DE SEVILLE 1 AVRIL 2017
On y est enfin! après un hiver sérieux dans l’entrainement, me voici enfin dans l’avion qui m’emmène sur les terres du premier Half Ironman de l’année. Destination Séville où m’attendent 1900m de natation dans un bras du Guadalquivir, 90 kms dans la pampa Sévillanaise et un petit vingt kilomètres à travers les ruines Romaines « Italica » de Santiponce.
Je n’ai pas peur, je suis serein, après tout, ce n’est que le premier de l’année, suivront deux autres, en France cette fois ci, dans lequel l’enjeu sera de plus grande taille.L’envie de passer sous la barre des cinq heures m’a titillé tout l ‘hiver, et dieu sait qu’il a été long cet hiver.

Le départ natation a été repéré, la sortie de l’eau, les marches et la centaine de mètres en montée à parcourir qui me séparent du parc à vélo. J’ai le numéro 111, j’adore les dossards de la dizaine et de la centaine, alors 111 c’est parfait. La place de mon vélo est très bien située par rapport à l’entrée, un bon point pour partir fort sur la route.

J’ai hâte de me lancer et de passer à l’action. Demain debout 6h du mat, petit dej léger, installation dans le parc jusqu’à 7h30, échauffement puis départ 8h, le jour sera à peine levé, la température d’environ 12° avant d’atteindre 23° vers midi. Bref, je risque de ne pas avoir chaud au début.
Je respire profondément pour ne penser qu’à des choses positives et je tente de m’endormir.

Il est six heures du mat, le grand jour est arrivé! Je n’ai pas passé une très bonne nuit, ne dormant que six heures à peine, mais ce n’est pas grave, je suis sur que les autres participants n’ont pas passé une nuit merveilleuse non plus.

Le parc ouvrait à 6h et il est 6h50 quand j’y arrive, les participants commencent à arriver petit à petit. Je pose mon vélo alors qu’il fait encore nuit, je n’ai jamais vécu ça, mais je l’ai déjà vu sur les vidéos d’iron man. C’est une atmosphère très particulière qui règne alors, il y a ce silence, comme si les gens ne voulaient pas déranger ceux qui dorment encore à cette heure ci. Il fait à peine 12° et tout le monde a du mal à se réchauffer, alors on enfile tous rapidement nos combinaisons en néoprène, c’est bien là où on sera le plus au chaud.
Je m’étire, je sautille, j’échauffe mes épaules et mon tronc pour réveiller mon dos, puis je m’approche du ponton où nous ne sommes qu’une dizaine pour le moment. Il est 7h50 et c’est le moment de se mettre à l’eau, tant mieux car elle est à 17°, donc plus chaude que l’air extérieur et en effet ça fait du bien. Nous ne sommes que quatre à nager. Le soleil n’est pas encore levé, il fait encore sombre mais de jolies lueurs d’été pointent leur nez et se reflètent sur le pont tout prêt, je n’ai pas du tout l’impression d’être à quelques minutes du départ d’un triathlon. Nous sommes priés de remonter sur le ponton où désormais beaucoup de participants sont présents. L’organisation annonce une dizaine de minutes de retard…ce sera finalement vingt et elles passeront comme des heures.

Tout le monde à froid, tout le monde est impatient de partir, de nager, de se dépenser. L’ambiance est bonne, l’espagnol parle fort et déconne pas mal, c’est vraiment sympa. Pourtant on sent une petite tension, toujours cette même tension avant le grand départ, puis finalement on se remet à l’eau, on s’aligne tous sur six ou sept rangées et on attend que le PAN de départ. Le silence règne, je sens la foule qui s’impatiente, je perçois les 400 coeurs qui battent fort, les cerveaux qui cogitent, les hommes et femmes qui se focalisent sur leurs efforts à venir. Moi, j’ai l’esprit concentré, je suis là, ici et maintenant, je repense à l’entrainement passé, je repense aux contraintes que je me suis infligé, je pense à ma chérie et à ma petite fille, j’ai envie qu’elles me voient fort, je pense à mes parents et beaux parents qui se sont déplacés pour venir me voir et m’encourager. Je suis prêt.

Le speaker prend le micro et commence le décompte…3…2…1…VAMOS!

La course est lancée, je commence à nager, j’essai d’appuyer fort les premiers cent mètres pour faire un peu la différence, mais je me rend vite compte de deux choses. La première c’est que j’ai de l’espace pour nager et la deuxième que ça nage vite aussi autour de moi. Mon verre de lunette droit se bouche rapidement et je n’ai de visibilité que de l’oeil gauche, alors naturellement je nage et respire en trois temps côté gauche, alors que d’habitude, je nage toujours du côté droit. Mais d’un autre côté, c’est aussi bien car nous devons passer toutes les bouées à main gauche, et ça me permet de garder un oeil (c’est le cas de le dire) sur les bouées et sur les nageurs à côté de moi.
Je glisse bien, je nage vite pourtant, je me fais beaucoup doubler et je n’ai pas l’impression de beaucoup en doubler moi. Tant pis, je fais ce que j’ai à faire et ça passe vite. Je vois bientôt la dernière bouée puis le ponton. Je reste dans un contrôle cardiaque satisfaisant et nage à l’économie. Je vois à quelques dizaine de mètres les nageurs se hisser difficilement sur le ponton alors je pense à l’enchainement que nous avons travaillé cet hiver avec mon coach. J’arrive sur le ponton et m’y hisse avec explosivité puis me met à courir dans les marches doublant une dizaine de concurrents à la peine. Je prend mon sac, enlève ma combi et la remet dans le sac puis cours vers mon vélo. Je regarde ma montre 31 minutes…..c’est pas possible, je nage en 39 normalement (Je suis alors 103ème).
Je suis vite reparti sur mon vélo que j’ai un peu de mal à enfourcher au début car les bras tremblent et les jambes ne sont pas chaudes, mais je m’élance rapidement et me voilà en position de chrono. Là, pas de doute, je me dis que la natation est terminée et que je commence ce que je sais faire de mieux: pédaler!


Les kilomètres s’enchaînent, j’envoie bien, je rattrape beaucoup de monde et au bout d’une vingtaine de kilomètres, je me fais reprendre par trois gaillards qui semblent bien rouler aussi, alors je les suis, sans prendre l’aspiration bien sur, mais même à dix ou douze mètre on peut suivre un rythme. Nous roulons des dizaines et des dizaines de bornes ensemble passant chacun son tour devant et reprenant bon nombre de concurrents notamment un groupe que l’on apercevait au loin depuis longtemps. Puis on croise la moto de tête, c’est une bonne chose car ça veut dire que je vais pouvoir connaitre ma place. Je vois des bolides passer puis c’est à moi de faire demi tour…je suis 54 ème. Les ailes me poussent. je m’alimente, je bois et attaque la descente pleine balle et je commence le décompte, 53…52…51…Aux alentours du 65ème kilomètres, j’ai un coup de bambou, j’avance difficilement dans le faux plat montant, je ne perd pas de terrain mais je n’en gagne plus non plus, je vois se profiler une hypoglycémie au loin, alors je m’alimente et rebois et en effet ça repart bien. J’envoie très fort dans la dernière partie du parcours atteignant les 60 km/h.

Lorsque je pose le vélo, je suis revenu à la 34ème place et je le sais. Je crois à l’exploit mais je ne m’emballe pas, pour moi, le plus dur reste à faire, la course à pied c’est pas mon truc. J’ai mangé trois pâtes de fruits et bu un grand bidon plus la moitié d’un petit pour ne pas avoir la sensation de floc-floc en courant. Mais la température est montée et le soleil commence à taper fort. Je regarde ma montre, je suis parti depuis pile trois heures. J’ai fais un vélo en 2H31, je n’ai jamais été aussi vite.

Là je me dis que je vais exploser mon record de 5h12 et atteindre mon objectif de moins de 5h.

La course à pied commence par une cote qui me casse tout de suite, je continue quand même et me met à marcher au bout de 200mètres. Le moral en prend un coup. Je vois ce dénivelé qui n’arrête pas, je vois cette terre glissante et ces trous, et tous les concurrents de la distance olympique et du sprint, beaucoup plus frais car beaucoup moins de kilomètres, débouler et me doubler, me doubler et encore me doubler. J’ai chaud mais je boucle les premiers 5 kms dans un état moyen, je me dis plus que 15! La bosse me fait de nouveau très mal et je remarche, je vois des étoiles, je ne suis pas bien, pire, je sens que je perd le contrôle. Je tente de repartir mais je remarche encore quatre ou cinq fois jusqu’au dixième kilomètre. L’enfer!
Heureusement, au septième kilomètre, j’ai compris que je devais m’alimenter et boire et tant pis pour l’effet floc-floc. Je bois, à petites gorgées, mais je bois beaucoup, puis j’attrape ma dernière pâte de fruits que je mange entière chose que je ne fais jamais en courant, et puis j’attend en tentant d’avancer quand même. Les espagnols me voient tituber sur le bord de la route et me proposent des gels ou leur aide, mais je refuse je suis trop mal. Je m’en veux, j’ai envie d’hurler de colère parce que ma 34ème place s’envole totalement même si mon objectif est encore atteignable, et puis le classement on s’en fout, c’est le temps qui compte, mais c’est dur pour un esprit compétiteur comme le mien.

Ma famille est là, ils m’encouragent, ils me crient dessus. Je vois le regard de mon père, il se demande pourquoi je m’inflige ça, pourquoi je titille les limites, pourquoi je me fais autant de mal. Mon amie est avec ma fille, et elles sautent de joie, elles sont dans l’euphorie, dans le positif, c’est l’exemple à suivre, alors je m’accroche à ça. Je ne peux pas les décevoir, je ne peux pas.
Je passe le dixième kilomètre, je respire, ça va mieux, je m’arrête à tous les ravitos et je bois, et je bois et je bois, et j’avance, la machine repart, elle en aura mis du temps! Les foulées se font plus sures, plus rapides, plus fluides, je bois je respire je m’encourage j’avance, je bois je respire je m’encourage j’avance, encore et encore et je m’engueule beaucoup aussi. Je retrouve mes jambes, plus que 8kms, plus que 6, plus que 3, j’accélère, je vois le temps passer et je me dis que je peux encore taper le 4h45 et là je mettrais tout le monde d’accord. Je pousse sur les jambes, je ne veux pas avoir de regrets et je ne veux pas avoir une once d’énergie restante en passant la ligne d’arrivée, je veux vider la cuve totalement, pas de compromis, pas d’économie.
Les deux derniers kilomètres se font au mental, comme les dix huit autres mais ces deux derniers là je veux les ressentir, j’entend le speaker au loin qui baragouine en espagnol et je sais que la douleur est temporaire, que dans quelques minutes mon calvaire prendra fin, que je pourrai bouffer autant de jambon ibérique et boire autant de sangria que je veux avec ma famille.
Enfin, j’aperçois l’arche d’arrivée, puis les cent derniers mètres, j’ai envie de savourer, de crier, de montrer ma joie, de pleurer, mais je n’en ai plus la force et je suis tout sec, je passe juste la ligne et m’effondre.

4H49! Je suis 112ème au classement général, j’ai perdu 78 places en vingt kilomètres, je m’en veux un peu, mais je suis heureux de mon temps, la barre des 5 heures est à plus de dix minutes.

Je savourerai de longues minutes plus tard ce que je viens de faire et le masque de souffrance qui s’affichait sur mon visage depuis prêt de deux heures fera finalement place à un sourire de satisfaction. Le speaker me tape dans la main, une demoiselle me passe la médaille autour du cou, je mettrai de longues minutes à retrouver un peu de couleurs et de lucidité.
Encore une fois je me serai dis plusieurs fois « mais qu’est ce que je fous là » pendant cette épreuve, « c’est le dernier, j’annule les deux autres », pourtant, ce soir dans l’avion qui me ramène vers Paris, je pense déjà à ma prochaine course du même type dans trois mois….et j’ai hâte de me retrouver au départ.

3 réflexions sur “COMPTE RENDU 70.3 SEVILLE

  1. Bravo à toi!!! tu as atteint ton objectif c’est l’essentiel!!
    Je suis admiratif, car c’est un exercice que j’aurais souhaité pratiqué étant jeune, mais je me suis limité au rugby, tennis et vélo et 2 tours de France avec papa Guy.
    Bon courage pour les deux suivants.

    Jean Noël DUCRET

  2. C’est super mon pote, très bien écrit, une magnifique course, tu as tout donné, tu peux être co
    ntent de toi!!!

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